Présentée à la Maison Carrée de Nay jusqu’au 24 janvier, l’exposition Dessiner, Résister met en lumière des œuvres réalisées par des artistes persécutés durant la Seconde Guerre mondiale. Des dessins et peintures qui dépassent le geste artistique pour devenir de véritables actes de résistance et de mémoire.
Dessiner pour résister à l’enfermement
"Dessiner, Résister, c’est l’utilisation du dessin dans des moments particuliers, ceux de la Seconde Guerre mondiale, où le dessin a été plus qu’un geste artistique", explique Gérard Le-Moal, président de l’association des Amis de la Maison Carrée. Internés dans les camps français pendant l’occupation, ces artistes ont continué à créer malgré des conditions de vie extrêmes.
"Maintenir un geste artistique dans la boue, le froid, la malnutrition et les maladies, c’est déjà un acte de résistance", souligne-t-il. Une manière, pour ces femmes et ces hommes, de garder une part de soi et de rester debout face à l’oppression. Le dessin devient alors à la fois un refuge moral et un témoignage précieux sur la réalité des camps d’internement en France.
Des œuvres, entre témoignages historiques et créations artistiques
L’exposition suit un fil chronologique et se déploie en deux parties. Au rez-de-chaussée, une salle est consacrée à Joseph Bartoli, peintre et combattant républicain espagnol. Ses dessins retracent d’abord la guerre d’Espagne, puis la vie dans les camps où il a été interné, notamment celui de Bram. À l’étage, le visiteur découvre des œuvres réalisées au camp de Gurs par des artistes d’origines diverses : réfugiés espagnols, juifs ou opposants politiques au régime nazi. "Ils ont continué à dessiner grâce à mille subterfuges pour se procurer du papier, des crayons et des couleurs", raconte Gérard Le-Moal. Ces créations sont aujourd’hui "à la fois des gestes artistiques et des documents historiques".
Parmi les artistes présentés figure aussi Horst Rosenthal, jeune Allemand juif interné à Gurs. Très engagé auprès des enfants du camp, il a notamment créé Mickey à Gurs, une bande dessinée grinçante et colorée. Déporté en 1942 à Auschwitz-Buchenwald, il y sera assassiné à l’âge de 27 ans.
Accompagnée de conférences sur l’art dans les camps, l’exposition Dessiner, Résister rappelle que "c’est en se souvenant des pages sombres du passé que l’on peut peut-être mieux se comporter aujourd’hui". À découvrir à la Maison Carrée de Nay jusqu’au 24 janvier. Le temps presse pour comprendre comment, même dans l’enfermement, le dessin a su devenir un acte de résistance.
Une interview de Lola Berdos pour Pontacq Radio.
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